J’écris des poèmes, en vers et en prose. J’utilise parfois des techniques de collage, à partir d’une page de livre.

dans la rue ça danse
et comme je respire à l’envers
expire la mélodie aux travers
des moteurs et des éclats de voix

mes pieds qui tapent
et le vent qui frotte dans mes bronches
la mélodie parmi
le bruit des clefs le bruit des pas

dedans
le bois frotte, inspire à l’envers
derrière les murs ils ne savent pas
le bois rauque et le bruit blanc des trains
le bruit blanc des enregistrements

il se passe tant et tant de choses
dedans
ils ne savent pas, dehors dans la rue
ils dansent de l’autre côté des murs
ils ne savent pas : les silences

dans mon cœur, encore, quelque chose tape
la mélodie
plus fort au dedans qu’au dehors
plus libre au dedans qu’au dehors

ils ne savent pas : les sommets
où s’étire, dedans, la mélodie
ils ne savent pas : la profondeur de champ
de mon petit corps

ils ne savent pas : l’écho et les chambres de résonance
dans le petit corps qui est le mien
qui se glisse entre les leurs
celui qu’ils voient
et qu’ils ignorent

dans la rue chacun le sien
dehors et partout où ça danse

dehors partout où ça danse

Si ce n’est l’orage qui gronde, ce sont les lourdes basses de quelque musique lointaine et trop forte ; ou bien c’est la chamade de mon cœur sourd.

Ç’aurait été un temps parfait pour boire un verre. 

La température est fiévreuse, juste assez tiède ; plus suffocante encore depuis que je t’ai croisé.

Du haut de l’escalier, dans la foule j’avais remarqué une silhouette, son port de tête et sa nonchalance, mais je n’avais pas imaginé qu’elles puissent être, justement, les tiennes. Puis à mesure que tu montais vers moi, la densité de tes cheveux courts, cette façon particulière dont tu penches la  tête quand tu te perds dans tes pensées, tout ça peu à peu te trahissait et me troublait.

J’ai remarqué que tu avais changé de lunettes, mais je n’ai pas osé t’appeler et j’ai baissé les yeux sous mes cheveux au moment où nous nous sommes croisés.

J’aurais dû penser que tu pouvais passer par là, à cet endroit et cette heure là. Mais que tous ces flux, symétriques et indifférents, concourent à nous conduire tous les deux au même endroit au même instant ; ça je n’aurais pas pu l’imaginer se produire dans la réalité.

Je me suis retournée mais tu avais disparu.

Alors j’ai pris le métro et je suis allée toute seule, boire un verre à la terrasse du café où je ne t’ai jamais emmené.

J’ai fumé une cigarette qui avait le goût de toutes celles que je t’ai volées.

J’ai regardé la foule s’agiter et ignorer que je t’avais croisé,
ignorer les mêmes choses que tu as choisi d’ignorer.

Je n’ai bu qu’un seul verre.

De nombreux verres, ça avait toujours été la condition minimale et nécessaire,
la condition pour que tu m’aimes.

Quelques verres de trop, c’était celle pour que j’oublie
– jusqu’au petit matin du moins –
tout ce que cet amour ivre me faisait de peine.

Je n’ai bu qu’un seul verre.

Vers neuf heures, enfin, l’orage a éclaté.
La fraicheur douce amère est tombée avec la pluie,
et j’ai tendu mes pieds nus aux gouttes maigres et pointues.

Heureusement, tu ne m’as pas vue.
Ç’aurait été un temps parfait pour boire un verre,
de nombreux verres
et quelques verres de trop.

– Allons, que pleures-tu,
perché dans la forêt ?

– J’ai la vie en gris,
j’ai la peur en rage.

Il avait fini
car sur la souriante,
j’en sais déjà trop.

– Oui, ne me raconte pas,
ou tu te verras mangé bientôt.
Allons au pas, réfléchissons.
Je me débrouillerai encore une part de vie.
Au moins vas-tu compter,
je te donnerai la moitié de l’air.
Il ne manquera pas de matin rose !
À présent, que veux-tu faire ?

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