C’est marrant de penser que j’ai fréquenté un collège et un lycée qui portaient des noms de poètes et puis de penser que ça n’a pas eu la plus petite influence sur mon intérêt pour la poésie, à part Madame M. en classe de troisième qui – entre autres trucs amusants – nous avait demandé d’écrire un poème, puis qui m’avait proposé de lire le mien devant la classe. Il parlait de l’air piquant des petits matins d’automne, quand je descendais la rue silencieuse pour attendre le ramassage scolaire et que la bise qui sentait le feu de cheminée éteignait les réverbères.
Avant le bac, je voulais faire du cinéma et je faisais des maths, de la musique et du dessin. Puis après le bac, j’ai fait des lettres : HK d’abord, puis K tout seul. Cette lettre-là m’a donné beaucoup de fil à retordre et laissé plein de nœuds pour le futur à déméler. Tellement de nœuds dans le cerveau et dans le ventre que je suis retournée faire des maths et tracer des traits bien droits. Et c’est comme ça que j’ai aterri dans une école de Génie (urbain). On n’était pas tous des génies et on n’était pas tous très urbains (encore que beaucoup l’étaient).
Faute d’être musicienne ou plasticienne ou écrivaine, j’ai essayé de mettre mes compétences en rigueur intellectuelle et en tableur excel au service de diverses institutions culturelles. J’ai vu de très beaux monuments, de très beaux musées et de très beaux chantiers, mais ça n’a pas marché.
Alors je suis retournée faire des lettres, un peu en Angleterre dont j’ai adoré l’ébullition créative et littéraire, et puis à nouveau en France, quand les diplômes universitaires d’écriture ont commencé à bourgeonner. Ensuite, j’ai fait des enfants et j’ai pas mal déménagé en France. J’ai un peu enseigné les maths et j’ai participé à des projets associatifs. Je continue à écrire, à faire de la musique et à dessiner.